Vente des actions Otro Capital d’Alpine : échec des négociations entre le groupe Renault et Mercedes
Mercedes ne rachètera finalement pas les 24 % d’Alpine F1 détenus par Otro Capital. Selon les dernières informations de la BBC, le constructeur allemand et Toto Wolff ont mis fin aux discussions, estimant que le prix réclamé par le fonds d’investissement était trop élevé. Cette décision intervient alors qu’Alpine vient de sécuriser un accord majeur avec Gucci, futur sponsor-titre de l’équipe à partir de 2027.
Otro voulait valoriser Alpine à 3 milliards de dollars
Le dossier semblait pourtant avancé. D’après la BBC, Mercedes et Toto Wolff avaient trouvé un accord de principe avec Renault pour racheter la participation de 24 % détenue par Otro Capital dans l’écurie Alpine. Mais la négociation a finalement buté sur la valorisation demandée par le fonds d’investissement.
Selon les informations rapportées par Andrew Benson pour BBC Sport, Otro Capital réclamait 720 millions de dollars, soit environ 536 millions de livres, pour sa part dans l’équipe. Un montant qui aurait valorisé Alpine à 3 milliards de dollars, soit environ 2,2 milliards de livres. Pour Mercedes, cette estimation dépassait la valeur réelle de marché de l’écurie.
Un proche de Renault cité par la BBC a confirmé l’arrêt des discussions : « Nous comprenons que les discussions se sont arrêtées. »
Le contraste est important avec le prix d’entrée initial d’Otro Capital. Le fonds avait acquis sa participation en juin 2023 pour environ 200 millions d’euros. En moins de trois ans, Otro cherchait donc à réaliser une plus-value considérable, en s’appuyant sur la hausse générale de la valeur des équipes de Formule 1 et sur l’intérêt croissant des investisseurs pour la discipline.
Mercedes jugeait le prix trop élevé
Toujours selon la BBC, Mercedes estimait qu’une valorisation plus réaliste d’Alpine se situait plutôt entre 2,2 et 2,4 milliards de dollars. Cette approche repose sur les méthodes habituelles de valorisation d’une entreprise déficitaire, notamment les multiples de chiffre d’affaires.
Le point est central : Alpine n’est pas une équipe profitable au même titre que Mercedes ou McLaren. Les dernières opérations autour des écuries de Formule 1 ont montré des valorisations élevées, avec Mercedes évaluée à environ 4,6 milliards de livres et McLaren à 3,5 milliards de livres. Mais ces deux structures sont rentables et sportivement plus solides qu’Alpine.
Alpine reste dans une phase de reconstruction. L’équipe a terminé dernière du championnat constructeurs en 2025 et occupe actuellement la cinquième place après cinq courses cette saison, selon les éléments rapportés par la BBC. Cette amélioration sportive ne suffisait visiblement pas à justifier, aux yeux de Mercedes, une valorisation proche de 3 milliards de dollars.
Le retrait de Mercedes met donc Otro Capital dans une position plus délicate. D’autres candidats avaient manifesté un intérêt pour cette participation, notamment un groupe d’investisseurs lié à Christian Horner, ancien directeur de Red Bull Racing, ainsi que plusieurs fonds de private equity. Mais Renault aurait décidé de ne pas poursuivre les discussions à ce stade.
Renault garde la main sur le dossier
Renault conserve un pouvoir de veto sur toute vente des parts d’Otro Capital jusqu’en septembre. D’après la BBC, le groupe français aurait été prêt à utiliser ce droit pour bloquer toute cession à un groupe lié à Christian Horner.
Ce point montre que Renault ne cherche pas seulement à obtenir le meilleur prix financier. Le constructeur veut aussi garder le contrôle stratégique de l’identité et de l’avenir d’Alpine. L’entrée d’un investisseur trop proche d’une autre structure ou d’un ancien dirigeant influent de la concurrence aurait pu créer une situation politiquement sensible.
Le retrait de Mercedes est aussi lié à des considérations industrielles. L’intérêt du constructeur allemand pour Alpine reposait sur une logique de coopération à long terme autour de la fourniture moteur. Alpine utilise désormais une motorisation Mercedes, après l’arrêt du programme moteur Renault en Formule 1. Pour Mercedes, entrer au capital aurait pu permettre de renforcer ce partenariat et de générer des économies d’échelle.
Mais le calendrier moteur ajoute une incertitude. Mercedes prévoit de réduire le nombre de ses équipes clientes à deux à l’horizon de la prochaine grande réglementation moteur, attendue au plus tard en 2031. Aujourd’hui, Mercedes fournit McLaren, Williams et Alpine. Si cette stratégie se confirme, l’une de ces trois équipes devra trouver une autre solution à moyen terme.
L’accord Gucci change le contexte autour d’Alpine
L’échec de cette opération intervient dans un moment particulier pour Alpine. L’équipe vient d’annoncer un accord de sponsoring majeur avec Gucci, qui deviendra sponsor-titre à partir de la saison 2027. Alpine courra alors sous le nom Gucci Racing Alpine Formula One Team, avec une nouvelle identité visuelle inspirée des couleurs de la marque italienne.
Cet accord donne à Alpine un argument commercial fort. Il renforce l’image de l’équipe et peut contribuer à augmenter ses revenus, donc sa valeur. Il s’inscrit aussi dans une stratégie plus large portée par Flavio Briatore, conseiller exécutif d’Alpine, et facilitée par ses liens avec Luca de Meo, ancien patron de Renault devenu dirigeant de Kering, propriétaire de Gucci.
Pour autant, cette dynamique commerciale n’a pas suffi à convaincre Mercedes de payer le prix demandé par Otro Capital. La position du constructeur allemand semble claire : Alpine possède un potentiel, mais pas au niveau de valorisation exigé par son actionnaire minoritaire.
L’opération avortée confirme surtout un phénomène plus large : les parts d’écuries de Formule 1 sont devenues des actifs extrêmement recherchés. Mais même dans un marché en forte hausse, les acheteurs restent attentifs aux fondamentaux : rentabilité, performance sportive, revenus futurs et stabilité stratégique.
Dans le cas d’Alpine, Otro Capital voulait vendre au prix fort. Mercedes a préféré se retirer.