ADUO en F1 : la FIA va bientôt annoncer les écarts entre les motoristes
La FIA s’apprête à publier les premiers écarts de performance entre motoristes depuis l’entrée en vigueur du nouveau règlement moteur 2026. Au cœur du dispositif figure l’ADUO, un mécanisme pensé pour éviter qu’un constructeur ne reste durablement décroché après le gel de son groupe propulseur. Les premiers résultats sont attendus au plus tard deux semaines après le Grand Prix du Canada, soit d’ici le 7 juin 2026.
Qu’est-ce que l’ADUO ?
L’ADUO signifie « Additional Development and Upgrade Opportunities », soit, en français, des opportunités supplémentaires de développement et de mise à jour. Derrière cet acronyme technique se cache l’un des leviers les plus importants du nouveau règlement moteur de la Formule 1.
Depuis 2026, les motoristes engagés en F1 évoluent avec des groupes propulseurs homologués dans un cadre très strict. En théorie, les possibilités de développement sont fortement encadrées afin de contenir les coûts et d’éviter une course technologique incontrôlée. Mais la FIA a aussi voulu éviter un scénario comparable à celui de 2014, lorsque Mercedes avait pris une avance massive au début de l’ère hybride.
L’ADUO doit donc servir de filet de sécurité. Si un motoriste se retrouve trop loin de la référence en matière de performance moteur, il peut obtenir des possibilités supplémentaires de développement. Il ne s’agit pas d’une « Balance of Performance » au sens classique du terme : la FIA ne donne pas davantage de carburant, ne retire pas de lest et ne modifie pas directement les performances en piste. Le principe est plutôt d’accorder davantage de marge de travail à un constructeur en retard, notamment via des possibilités d’évolution et des ajustements liés au plafond budgétaire des motoristes.
La FIA calcule pour cela un indice de performance de la partie thermique du moteur, l’ICE, c’est-à-dire le moteur à combustion interne. Cette évaluation ne couvre pas l’ensemble du groupe propulseur, puisque l’ERS et la partie électrique jouent aussi un rôle majeur dans la performance totale. C’est un point important : un constructeur peut être évalué sur son moteur thermique sans que cela reflète parfaitement la compétitivité globale de sa monoplace ou de son groupe propulseur complet.
Comment la FIA mesure les écarts ?
La FIA surveille les performances des moteurs sur des périodes définies. Pour chaque motoriste, elle établit un indice de performance de l’ICE à partir de plusieurs paramètres, parmi lesquels le couple, le régime moteur, la puissance du MGU-K et une pondération liée à l’impact de la puissance sur le temps au tour.
Si un motoriste accuse un retard d’au moins 2 % par rapport au meilleur ICE, il devient éligible à l’ADUO. Le niveau d’aide dépend ensuite de l’ampleur du déficit. Entre 2 % et 4 % de retard, le constructeur peut obtenir une opportunité supplémentaire d’évolution pour la saison en cours, ainsi qu’une autre pour la saison suivante. À partir de 4 % de retard, le dispositif devient plus large, avec deux évolutions possibles sur la saison en cours et deux autres sur l’année suivante.
La FIA a également précisé que les évolutions autorisées ne concernent pas uniquement le bloc thermique. Une fois l’ADUO accordé, les développements peuvent porter sur plusieurs éléments du groupe propulseur : moteur à combustion, turbo, échappement, composants électriques liés au moteur ou à l’échappement, ERS, MGU-K, électronique de contrôle, fonctions hydrauliques, fluides ou encore ballast.
Ce cadre donne une importance stratégique considérable à la première évaluation. Pour les motoristes en retard, l’ADUO peut représenter une bouffée d’oxygène. Pour les constructeurs en tête, il s’agit au contraire d’un mécanisme à surveiller de près, car il peut permettre à leurs rivaux de combler une partie du déficit plus rapidement que prévu.
Une première annonce attendue après le Canada
Le calendrier initial prévoyait une première période d’évaluation sur les six premières courses de la saison 2026. Mais avec les ajustements du calendrier, la FIA a revu cette fenêtre. La première période couvre désormais les cinq premiers Grands Prix : Australie, Chine, Japon, Miami et Canada.
Le Grand Prix du Canada, disputé le 24 mai 2026, a donc clôturé cette première phase d’observation. La FIA doit communiquer les résultats au plus tard deux semaines après cette course. Concrètement, les premiers écarts moteurs et la liste des motoristes éligibles à l’ADUO doivent donc être annoncés d’ici le dimanche 7 juin 2026.
À ce stade, la FIA n’a pas encore publié officiellement la liste des motoristes concernés. Les spéculations vont bon train dans le paddock, notamment autour de l’avance supposée de Mercedes et des difficultés rencontrées par certains concurrents, mais seul le classement établi par la FIA fera foi.
L’enjeu est majeur pour la suite de la saison. Une fois les résultats communiqués, les motoristes éligibles pourront recevoir une notification détaillant leurs droits supplémentaires. Selon le règlement, les premières évolutions pourraient ensuite être introduites dès la course suivante, à condition de respecter les procédures d’homologation et les limites prévues par le cadre technique.
Un outil de rattrapage, pas une garantie de performance
L’ADUO ne garantit pas qu’un motoriste en difficulté reviendra automatiquement au niveau du meilleur. Il lui offre seulement du temps, du budget et des fenêtres réglementaires supplémentaires pour travailler. Le constructeur devra encore identifier les bons axes de développement, valider ses solutions au banc, puis les faire fonctionner en piste sans compromettre la fiabilité.
C’est aussi pour cette raison que la FIA conserve un droit de contrôle. Le règlement prévoit que l’ADUO puisse être révoqué si les performances observées ensuite ne sont pas cohérentes avec celles mesurées durant la période d’évaluation. La fédération peut également intervenir si les évolutions accordées donnent un avantage jugé injuste par rapport aux motoristes qui n’ont pas bénéficié du mécanisme.
La première annonce liée à l’ADUO sera donc l’un des moments techniques les plus attendus du début de saison 2026. Elle ne dira pas seulement qui dispose du meilleur moteur thermique. Elle donnera aussi une première indication sur les forces et faiblesses réelles du nouveau règlement moteur, et sur la capacité de la FIA à maintenir un championnat compétitif sans tomber dans une correction artificielle des performances.