« Aucun fan ne va comprendre », « pas de la F1 »… : les pilotes déjà sceptiques face aux nouvelles F1 2026
La révolution 2026 devait ouvrir une nouvelle ère technologique pour la Formule 1. Après seulement quelques jours de roulage, elle ouvre surtout un débat. Gestion énergétique omniprésente, perte d’appui, sensations en retrait : de Lewis Hamilton à Max Verstappen, en passant par Nico Hülkenberg et Oliver Bearman, les pilotes dressent un premier constat lucide - parfois sévère - sur ces nouvelles monoplaces.
La révolution 2026 n’a que quelques jours de piste dans les roues… et déjà les premières critiques émergent. Gestion énergétique omniprésente, aérodynamique revue à la baisse, sensation de pilotage transformée : si le règlement promet une nouvelle ère technologique, il laisse plusieurs pilotes dubitatifs, c’est le moins que l’on puisse dire.
Du champion du monde en titre aux rookies en découverte, le constat est souvent le même : la F1 change. Peut-être trop.
Hamilton : « Aucun fan ne va comprendre »
Du côté de la Scuderia Ferrari, Lewis Hamilton continue de découvrir sa SF-26. Mais c’est surtout la gestion énergétique qui concentre son attention.
Avec une répartition proche de 50 % thermique / 50 % électrique, et l’introduction des modes « recharge », « boost » et d’un « overtake » conditionnel en remplacement du DRS, le pilote doit désormais penser autant qu’attaquer.
Et Hamilton ne cache pas son scepticisme : « Je pense qu’aucun fan ne va comprendre (…) C’est tellement complexe, c’est ridiculement complexe. J’ai eu sept réunions en une journée, et ils nous l’expliquent en détail. Je ne sais pas, c’est comme s’il nous fallait un diplôme pour tout comprendre entièrement », indiquait-il mercredi.
Le Britannique nuance néanmoins sur l’aspect purement opérationnel : « En termes de gestion, je dirais que c’est assez simple. Peut-être qu’en configuration course, ce sera différent, comme vous pouvez le voir. Mais il y a aussi un système qui peut automatiquement, une fois que vous avez terminé un tour, apprendre la manière dont vous pilotez. »
Mais l’algorithme est sensible. Très sensible : « Disons par exemple que vous bloquez les roues et tirez tout droit, en raison de la distance supplémentaire, cela affecte cet algorithme. Donc nous essayons simplement de tout maîtriser et de comprendre. Mais tout le monde est dans le même bateau. »
Hülkenberg : moins d’appui, plus d’apprentissage
Chez la nouvelle équipe Audi F1 Team, la phase d’apprentissage est totale. Nouveau moteur, nouvelle boîte, nouvelle philosophie.
Nico Hülkenberg ne s’en cache pas : « Je pense que nous avons un peu de potentiel pour faire mieux à ce niveau-là. Je serais surpris que tout le monde ait déjà tout parfaitement réglé et optimisé. Mais c’est sûr qu’il y a beaucoup de marge de progression dans de nombreux domaines. »
Le contraste avec l’ancienne génération est frappant : « La génération de voitures de l’an dernier, en particulier le groupe propulseur, a été développée et affinée à la perfection pendant une décennie. Donc tout était fluide, tout était homogène et agréable. Et là, c’est la première fois que nous faisons un moteur, que nous faisons une boîte de vitesses. Donc nous avons du travail à faire, un peu de nettoyage à effectuer, c’est normal. »
Mais le changement majeur reste aérodynamique : « Il y a moins d’appui et je pense que c’est le facteur principal du changement. Les voitures de l’an dernier avaient une quantité d’appui incroyable. Et aujourd’hui, je pense qu’il nous en manque une partie. »
L’Allemand compare même la situation à 2014 : « Ça me rappelle beaucoup les changements réglementaires de 2014 : nouveau groupe propulseur, aérodynamique assez différente. Et on repart de zéro. »
Et en piste, les effets sont visibles : « Je n’ai jamais vu autant de voitures bloquer les roues au virage 9. »
Verstappen : « Ce n’est pas de la Formule 1 »
Le plus virulent reste sans doute Max Verstappen. Le Néerlandais ne tourne pas autour du pot, dans son style bien à lui : « Ce n’est pas toujours la chose la plus gentille à dire, mais je veux aussi être réaliste en tant que pilote, la sensation n’est pas très « Formule 1 ». Ça ressemble un peu plus à de la Formule E sous stéroïdes. »
« En tant que pur pilote, j’aime conduire à fond. Et pour le moment, vous ne pouvez pas piloter à fond avec ces voitures, vous devez gérer beaucoup de choses. »
Il ajoute malgré tout que « les règles sont les mêmes pour tout le monde, donc il faut faire avec. » Mais la frustration reste palpable : « C’est juste tout le reste qui est un peu, pour moi… anti-course. »
Bearman et le pilotage « contre-nature »
Du côté de Haas F1 Team, Oliver Bearman évoque un ressenti plus intime, presque instinctif. « Ce qui est vraiment agaçant, c’est clairement la gestion de l’énergie, le clipping et toutes ces choses-là. C’est nettement plus présent que ce à quoi nous étions habitués (…) C’était prévisible, mais le ressentir pour la première fois en conditions réelles, c’est un peu triste. C’est comme ça. »
Le lift-and-coast s’invite même en qualification. Lever le pied pour aller plus vite : paradoxe assumé.
Son coéquipier Esteban Ocon adopte une approche plus pragmatique : « C’est presque bizarre maintenant de ne pas le faire. »
Hill inquiet pour le spectacle
L’ancien champion du monde Damon Hill s’interroge également : « Je suis un peu inquiet de la manière dont ils vont gérer ça, lorsqu’ils devront recharger à la fin des lignes droites. (…) Ça va être à la fois très intéressant et très déroutant à regarder pour nous, de l’extérieur, »
En résumé, le paddock découvre une Formule 1 plus algorithmique que viscérale. Plus électrique que mécanique. Plus stratégique qu’instinctive.
Moins d’appui. Plus de gestion. Moins de plein gaz. Plus de calcul.
La question n’est pas tant de savoir si les pilotes s’adapteront — ils le feront — mais si le spectacle conservera cette brutalité qui a fait la signature moderne de la discipline.
L’hiver 2026 n’a que quelques jours… mais le débat, lui, est déjà lancé.